Investi par le RDPC et consacré par le Président Paul BIYA, Théodore DATOUO accède à la présidence de l’assemblée Nationale. Une étape qui marque la continuité institutionnelle tout en soulevant la question du renouvellement de la classe politique dirigeante après 34 années de règne de Cavaye Yéguié Djibril. Entre continuité et espoir de rupture, l’enjeu est de savoir si cette «désignation-élection» peut ouvrir la voie à de véritables réformes ou si elle sera une fois de plus une célébration de répartition de portion de pouvoir au sein du RDPC.
On pourrait aisément dire que c’est la fin d’une ère parce que depuis 1992 le désormais ancien président Cavaye Yéguié Djibril a incarné la stabilité politique et institutionnelle de l’Assemblée Nationale. Mais cette longévité s’est accompagnée d’une absence de réformes majeures ou tout simplement d’un manque d’application de manière rigoureuse et lisible de quelques réformes entreprises depuis plus d’une trentaine d’années. Sous sa présidence le Cameroun a connu de profonds bouleversements qui ont entraînés des crises économiques successives sans que l’Assemblée Nationale, dont les députés appelés «représentants du peuple», ne joue pleinement son rôle moteur de changement. Majoritairement issus du parti au pouvoir RDPC, ils ont très souvent fermés les yeux sur les dérives dénoncées par le Président de la République lui même: corruption, détournement des derniers publics, clientélisme et laxisme de l’appareil administratif. Les enquêtes parlementaires, rares et timides, n’ont jamais permis de dissuader les gestionnaires indélicats de la fortune publique, laissant le petit peuple contribuable dans une précarité entretenue et persistante.
Théodore Datouo, entre rupture, espoir et continuité
L’arrivée de l’ancien vice-président chargée de la supervision des travaux du nouveau siège récemment inauguré et baptisé, avant les prochaines élections législatives suscite des interrogations. Peut-il incarner une rupture avec le passé et initier des réformes profondes dans un système au fonctionnement lourd et opaque ? Sa mission ne devrait pas se limiter à préserver les acquis du parti au pouvoir qui l’a investi ou à célébrer l’image de son créateur. Le Cameroun en quête de nouveaux paradigmes pour l’atteinte des objectifs de développement, attend de son nouveau PAN qu’il redonne un sens réel au rôle des députés qui est celui de représenter valablement le peuple en produisant des lois capables de transformer le pays sur les plans politique, économique, social, culturel, et d’assurer le contrôle continu de l’action gouvernementale. Face à une accumulation de crises après les récentes échéances électorales très tendues et mouvementées, le Cameroun fait face à une crise sociale sourde dont les répercutions au quotidien se font ressentir par des drames permanents, il est urgent d’agir. Si Théodore Datouo prend conscience de l’ampleur des défis, il devra s’entourer rapidement d’une équipe dynamique en dehors du bureau élu de l’Assemblée Nationale, composée de citoyens camerounais d’ici et de la diaspora compétents, capables de répondre aux nouveaux enjeux mondiaux pouvant permettre à la chambre basse du parlement de faire face aux défis pour que la structuration fonctionnelle du pays soit renforcée.
La désignation par le Président de la République et l’élection par les députés de Théodore Datouo ouvre une nouvelle page de l’histoire parlementaire au Cameroun. Mais pour qu’elle devienne un tournant, elle devra s’accompagner d’actes forts constitués de réformes, d’adoption des lois adaptées aux réalités camerounaises, d’enquêtes parlementaires, de lutte contre la corruption, ce qui permettra aux députés d’exercer leurs missions dans la transformation du pays. Sans cela, le Cameroun risque de rester prisonnier des institutions parlementaires budgétivores réduites à un rôle de célébration des privilèges plutôt qu’ à un rôle de régulation.
Éric Moïse NKOUANDOU M.